Over slingeren, zwijgen en vergeten

19 mei 2016

Accepteren is een begrip met vele aspecten. Het komt voor in de politiek, in het dagelijks leven, in therapie desnoods, maar zonder kan geen mens. Accepteert u dat mensen een andere mening kunnen hebben dan u? Accepteert u mensen met een andere mening dan u? Kunt u een relatie hebben met iemand met een andere visie dan u? Praat u wel eens met iemand met een andere mening dan u of met een andere achtergrond dan u? Met een buurvrouw, of een man of vrouw uit een andere omgeving die in Nederland is gekomen?
In Burundi leek dit de gewoonste zaak van de wereld. Accepteren hoe de dingen zijn gelopen, praatje maken met iedereen, vriendelijkheid is heel goedkoop. Maar het ligt ingewikkelder en het kan verkeren. Op internet lezen we in een opiniestuk van Joseph Ndayisaba (Universiteit van Burundi) dat het land zulke slingerbewegingen maakt in de loop van de decennia, dat hij de Burundesen indirect maant om eens wat strakker in de leer te blijven: ‘Les Burundais victimes du syndrome du balancier.”

«C’est un mauvais service qu’on leur rend, car on les fait croire qu’ils ont réussi.»

Une personne atteinte du syndrome du balancier ne supporte pas l’équilibre, l’équité, l’égalité. Être traité au même pied d’égalité que les autres l’énerve, il ne peut pas le comprendre. Moi en haut, toi en bas, c’est très bien! Moi en bas et toi en haut, je ne peux pas le supporter! Suit des manœuvres plus ou moins malhonnêtes, la violence et autres vraies-fausses accusations pour t’alourdir et te renvoyer en bas.
En raison de ce syndrome, depuis l’indépendance, on fait de la politique avec trois verbes: exclure, tuer, commémorer. La formule est toujours la même: une fois au pouvoir, on fait tout pour verrouiller l’espace politique, empêcher les opposants et autres «non membres» d’accéder aux avantages qu’offre la gestion de l’Etat… Comme ces derniers ont aussi des estomacs qui fonctionnent, ils font tout pour faire tomber l’adversaire, y compris par la violence.
Ceux qui détiennent le pouvoir font tout pour le garder, eux aussi par la violence, en utilisant les jeunes, les structures de sécurité, la justice et l’administration. Ce jeu mortel de balancier nous a déjà coûté, depuis 1965 à aujourd’hui, des centaines de milliers de morts, de réfugiés et de déplacés, et des destructions difficiles à chiffrer, ainsi qu’un potentiel de revanche, renouvelé à chaque crise.
L’assassinat et le massacre sont devenus, dans notre pays, des modalités de gestion de crises politiques. De 1965 à aujoud’hui, nous avons pas moins de 10 massacres à commémorer. Une moyenne d’un massacre tous les 5 ans. Cela fait quand même beaucoup pour un petit pays comme le Burundi! (Le lecteur intéressé peut lire notre article «L’usage du massacre dans les conflits politiques. Cas de la région des Grands Lacs», GREDSR, 2008, pp.228-233).
Le passage à un modèle «démocratique» n’a rien réglé. Parce qu’on a une drôle de compréhension de la démocratie: le vainqueur des élections a droit à tout, le vaincu ne peut compter que sur la gentillesse du vainqueur pour jouir de ses droits. Surtout, il n’a plus rien à dire: le peuple souverain a fait son choix! Une belle illustration de cette mauvaise compréhension de la «démocratie»: En 1993, un administrateur d’une commune au nord du pays se plaignait (à la radio nationale!) que l’un des problèmes qu’il a dans sa commune, c’est des vaincus aux élections qui continuent à marcher «la tête haute»!
Pourquoi la situation ne s’améliore pas? Pourquoi le pays vient de basculer, une énième fois, dans une crise politique et dans des violences? Pourquoi on n’apprend rien du passé? Les mêmes causes produisent les mêmes effets: l’incapacité des leaders politiques, aujourd’hui comme hier, à mettre en avant l’intérêt des citoyens dans leurs diversités. Un réflexe d’exclusion et d’ostracisme «des non membres», a fini par gangrener la classe politique, qui fait tout pour entraîner les citoyens dans cette logique suicidaire.
De fait, notre histoire politique est une histoire d’exclusions. Juste après l’indépendance, les gestionnaires du pays issus du parti UPRONA, ont versé dans un ethnisme primaire. Ils se sont divisés en deux camps: Monrovia (tendance Hutu) et Casablanca (tutsi), avec des manœuvres insensés pour s’exclure les uns les autres des postes au sein du pouvoir, y compris le recours aux sorciers. Dans les régimes qui ont suivi, on a connu des exclusions sur base régionale, clanique, académique… (Cf. la fameuse querelle au sujet des doctorats français et belges).
Aujourd’hui en 2016, on constate les mêmes comportements. Je dois quand même faire un constat: dans le paysage politique actuel, les réflexes d’agglomérations ethniques ont fortement diminué. C’est déjà un progrès. Mais, méfions-nous, les politiciens partisans de l’exclusion ne sont pas à court de stratégies!
La crise que nous vivons aujourd’hui prouve que le syndrome du balancier poursuit son œuvre. Malgré toutes les crises qui nous ont fait tant souffrir, on recommence les mêmes pratiques: on exclut et on pourchasse les opposants politiques, érigés en «ennemis de la nation (abansi b’igihugu)», on ferme l’espace politique et médiatique à ceux qui ne pensent pas comme nous. On élimine les gêneurs, on use de montages, de menaces, du chantage, de la corruption, on instrumentalise la jeunesse, la justice et la police, on en fait des outils de répression… Bref, on n’a rien appris du passé… rien!
Nous, les générations qui ont géré le pays après l’indépendance jusqu’aujourd’hui, nous devrions avoir honte, d’avoir été incapables de régler pacifiquement nos querelles, et de léguer à nos enfants un pays figurant parmi les plus corrompus, les plus pauvres et les plus affamés de la planète! Et on continue tranquillement à compter les morts, les disparus, les prisonniers, les réfugiés, les destructions… Puis, quand on sera fatigué, on va retourner à Arusha… Un véritable gâchis. Nous sommes devenus de véritables masochistes, éprouvant du plaisir à nous asséner à nous même des coups de marteau sur la tête.
Et ce n’est pas fini. Quiconque fait une analyse objective des faits qui se sont passés avec les manifestations contre le troisième mandat aura compris que nous sommes assis sur une bombe. Des milliers de jeunes gens, bravant les tirs à balles réelles de la police, l’ont fait parce que frustrés, sans perspectives, beaucoup d’entre eux sont des sortants de nos écoles, sans emploi, vivant aux crochets de leurs parents, eux aussi trop pauvres pour les nourrir à leur faim… Il va s’ajouter bientôt des milliers d’autres, lauréats de l’école fondamentale…
Qu’on ne se fasse pas d’illusion: n’importe quel pouvoir qui ne parviendra pas à soulager la misère et les frustrations de ces jeunes sera confronté aux mêmes contestations, qui par ailleurs vont devenir de plus en plus violentes. Dans un récent article sur «les bienfaits de la révolte», j’avais pressenti ce danger: que les manifestations d’une ampleur inhabituelle, auxquelles on a assisté avec la libération de Bob Rugurika en septembre 2015, allaient se répéter avec le troisième mandat.
Le choix de la répression par la police ne fait qu’aggraver les tensions et les frustrations, surtout dans un contexte de pauvreté, de chômage et de pénuries… le répit dû à la répression ne sera que de courte durée. Les appels aux solidarités ethniques n’auront pas d’effet, puisque les jeunes dans cette situation sont de toutes les ethnies.
Il arrive un moment où les frustrations atteignent un point de saturation, elles explosent alors dans la violence. C’est un comportement humain universel. Il n’y a qu’à lire les analyses de ce qu’on a l’habitude d’appeler «le printemps arabe». Mais on vous dira: la Tunisie ce n’est pas le Burundi: grossière erreur! Tout être humain sain d’esprit, victime de graves frustrations, réagit de la même manière: par la révolte.
La révolte est un mécanisme de défense, elle sert à évacuer les tensions, et donc à sauvegarder l’intégrité psychique… Je dis souvent aux parents qu’ils doivent se méfier des enfants qui ne pleurent jamais quand on leur fait mal. Ces enfants peuvent devenir dangereux, car il arrive un moment où ils explosent! Souvent, ils refusent de pleurer par défi ! Et rien n’est plus compliqué que de se battre avec quelqu’un qui n’a plus rien à perdre, qui n’hésite pas à adopter des comportements suicidaires.

J’ai posé une question ci-dessus: pourquoi la situation ne change pas, pourquoi on retombe dans les mêmes crises de violence. Les gens se battent à mort pour accéder, garder ou participer au pouvoir, je pense pour trois raisons essentiellement:
1. La gestion du pouvoir est une voie royale pour devenir quelqu’un, se mettre rapidement et « légalement » à l’abri du besoin, et se créer un harem d’obligés par le pouvoir de distribution.
2. Le tissu économique est trop restreint, et offre peu d’alternatives aux diplômés. Entrer dans les structures de l’Etat est la meilleure garanti de survie…
3. La gestion et la participation au pouvoir procure l’impunité. En termes polis, on parle de «immunité», (ubudahangangwa). Ce doit être un sentiment super agréable, que de se savoir à l’abri des tracasseries de la police et de la justice!

Comment sortir de cette prison psychique, de ce syndrome du balancier? La réponse doit constituer la solution aux trois raisons ci-dessus, ainsi qu’à la problématique de l’exclusion:
1. Comment faire émerger un leadership politique, déterminé à faire sortir le Burundi de ce piège, prêt à gérer l’Etat selon les standards universels?
2. Comment instaurer un système de gestion de l’Etat, assorti de l’obligation de rendre compte, sur base d’obligations clairement définies, et ce à tous les niveaux? Que faire pour ne plus entendre ce genre de propos «ntaco umbaza si we wampaya»? (tu n’as rien à me demander, tu ne m’a rien donné!)
3. Quelles alternatives offrir aux jeunes, fragilisés par la pauvreté et le chômage, pour qu’ils cessent d’être instrumentalisés par les politiciens qui en font des exécutants de sales besognes?
4. Comment éradiquer le syndrome du balancier, quel système politique, quel système électoral… est capable de bloquer les velléités d’exclusion dans l’accès aux ressources de l’Etat?

Si Arusha II a lieu, elle doit trouver des solutions à ces questions. Si non, si dans le chef des négociateurs, c’est pour remplacer A par B et continuer les mêmes pratiques génératrices de crises de violence, elle n’aura servi à rien!

Nota Bene

Les histoires ethniques: des idioties du point de vue de la génétique: d’abord, qui peut attester de l’ethnie de son père? Et pourquoi l’ethnie de ma mère ne compte pas, alors que j’ai hérité de 50% de son patrimoine génétique? Cette mère, qui m’a porté 9 mois dans son sein, qui a tant souffert en me mettant au monde, et nourri de son lait pendant 2 ans… L’autre, qui s’est contenté de fournir un spermatozoïde, se croit investi de tout le pouvoir ethnique! Est-ce raisonnable?

Nos ancêtres, disons sur 20 générations: sommes-nous au courant de leurs incartades dans l’autre ethnie? Des enfants présentant des caractéristiques physiques attribuées aux Hutu naissent dans des familles Tutsi et vice-versa. Quand cela arrive, certains commencent à douter de la fidélité de leurs épouses: cet enfant ne ressemble pas aux autres, il a un nez pas réglementaire!… Est-ce vraiment le mien?

Ils se comportent comme ces grands intellectuels, qui tapent sur leurs femmes parce qu’elles ont mis au monde que des filles. Ils ont pourtant appris dans les cours de biologie d’où vient le sexe des enfants. Ils savent que c’est l’homme qui est porteur du chromosome Y, lié au sexe masculin! Qui les empêche de le faire passer en priorité? Aucune famille burundaise ne peut se targuer d’être pure. Mais au fait, à quoi cela servirait d’être «pure»? Ce qui révolte, c’est que des milliers de concitoyens sont morts et continuent à mourir, en raison de ces croyances ethniques! Où est le sérieux?

Les commémorations. Comme le dit Monseigneur Jean Louis Nahimana, Président de la CVR, il n’y a pas de mal à honorer ses parents et amis emportés par nos crises de violence. Mais alors, comment des intellectuels, qui sont parfaitement au courant de tout ce qui s’est passé au Burundi, refusent de croire à la souffrance des autres? Comme si elle n’existait pas!

Combien de Burundais de mon âge, toutes ethnies confondues, ont vécu des drames au cours de nos crises de violence? En 1993, j’ai perdu 23 membres de ma famille dont 17 brûlés vifs dans une maison, et un suicidé, qui n’a pas voulu subir le sort des autres. Ai-je droit à ma date de commémoration?

Arusha avait proposé une solution: unir nos douleurs, commémorer ensemble nos morts, comme des concitoyens. Si chaque citoyen ou groupe de citoyens commémore sa date, il nous restera combien de jours ouvrables dans le pays? Arusha a recommandé la CVR, qui doit nous aider à mettre des noms sur les responsables de nos crises de folie meurtrière. Où se trouve le blocage? Allons-nous tout instrumentaliser, y compris les morts?

We geven hieronder ook enkele van de reacties weer.

– Il n’y a jamais eu des mauvais dirigeants il y plutôt un mauvais système! Vous avez inventé une démocratie qui n’existe nulle part ailleurs qu’au Burundi! Comment voulez-vous une justice dans un pays qui n’a pas de Parlement? Comment voulez-vous que l’exécutif fonctionne correctement sans le législatif pour surveiller et évaluer ce qu’il fait! Vous me direz que je me suis trompé pendant qu’on 2 chambres parlementaires (l’Assemblée & le Cenat »)! Certes, on en mais qui ne sont pas élus par le peuple plutôt désigné par leurs partis et par la Constitution, ce qui veut dire que le Parlement est fait des mandataires politiques et non des représentants du peuple! Quand il faudra rendre compte à qui le parlementaire rendra compte? Au peuple ou à son parti qui l’a mis sur la liste! Voilà la PLUS GRANDE ERREUR DE L’ACCORD D’ARUSHA! Malheur aux les jeunes ont été mobiliser à le défendre sans l’avoir lu ni l’analyser en profondeur! Je me demande où était ce Professeur lors de la rédaction de cet accord et/ou de la Constitution!!!

– Juste analyse. Cette oscillation morbide s’entretient par des facteurs internes (peur de la démocratie, peur d’élections d’un homme une voix, enterrer la démocratie par la gachette d’un fusil au lieu d’aller aux urnes, orgueil institutionnalisé depuis des lustres, manque d’empathie aux souffrances des autres composantes de la Nation etc.) qui malheureusement font le socle d’un marché ouvert à tous les prédateurs internes et externes. Ces derniers ont des tentacules coloniales, ethniques, régionnales, hégémoniques et économiques et se cachent dans le non dit et l’exercice du mensonge qui le propre à tout prédateur qui haît la Nation. Cela se démontre dans l’héritage des gouvernements précédents monoéthniques et humiliants à l’Université et à l’Iscam etc. Ce sont des logiques très déplorables qui ont alimenté l’Education Nationale et Civisme. Avec le temps, les nouvelles générations commencent à se distancier de ces effets néfastes. Les régimes actuels qui succèdent l’Humanité de Ndadaye Melchior ont encore à prouver leur matûrité à l’élevation de la Nation. Mais les actuels régimes n’ont pas encore les mains sales que celles de leurs prédecesseurs qui se complaisent encore à se cacher derières les bailleurs de leurs anciens forfaits qui mérient d’être jugés devant la CPI et devant la Conscience Humaine. Sûrement que les bailleurs qui ont couvert les massacres des gouvernements précédents méritent aussi d’être traduits devant la Justice. La Burundi profond a besoin d’une cure qui délivrairait son âme de ses emprises maléfiques et de non-dits mal eclairés dans les débats publics et dans la Sphère Internationale. Ce que les universités et l’Iscam d’antan ne faisaient pas non plus vue la couverture des bailleurs et l’orgueil institutionnalisé. Bien au contraire, ces éclaireurs universels ont trempé dans ces oscillations criminelles et ont entretenu ce cercle vicieux. Dieu qui a crée le le Burundi, qu’Il le sauve des ces calculs mesquins encore mal eclairés et qui doivent être mis à nu. Vive la Démocratie et mort à la gachette de fusils qui tuent les électeurs et les élus. Vive la Cohabitation pacifique.

– Je suis d’accord avec votre analyse, Monsieur le professeur. Si vous avez perdu les vôtres 1993, vous avez aussi le droit de pleurer, c’est normal. Pleurer est une thérapie aussi bien pour vous que pour moi. Mais, il ne faudrait jamais, vous les leaders d’opinions, encourager le silence et l’oublie. Le temps n’arrange pas de choses.

– Cet article est instruisant je me sens inspirer. Professeur vous me faite croire qu’il y encore l’espoir pour un bon future au Burundi. Je viens d’être convaincu.

Verantwoording:
De informatie die is gebruikt voor dit bericht van Kennis zonder Grenzen is verkregen van openbare media. De foto is overgenomen van The Guardian.